INTERDIR LA CHASSE LE DIMANCHE ET LES MOIS D’ETE

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Alors qu’ils ne représentent que 1,6 % de la population, les chasseurs se considèrent comme les gestionnaires exclusifs des espaces naturels, en s’appuyant sur un lobbying intense tant au niveau local qu’au plus haut niveau de l’État. La loi Voynet en 2000 instaurait un journée sans chasse (le mercredi). Mais dès 2003, ce jour sans chasse devenait facultatif et n’a subsisté que dans quelques départements, dont les Hautes-Alpes, où ce jour est le vendredi. Pourtant, selon un sondage IFOP de janvier 2016, 79 % des Français sont favorables à l’interdiction de la chasse le dimanche. Et un Collectif pour le dimanche sans chasse, rejoint récemment par la SAPN, regroupe 975 organismes d’usagers de la nature.

L’appel lancé par ce Collectif rappelle qu’ « on recense en moyenne par an 150 accidents de chasse déclarés, dont une vingtaine mortels, impliquant régulièrement des non-chasseurs », et que « 60 % des accidents de chasse ont lieu le dimanche. » Au-delà de la sécurité, c’est tout simple-ment de tranquillité qu’il s’agit, pour les promeneurs et randonneurs, et pour la faune sauvage. On devrait pouvoir se promener dans la nature le dimanche en toute sérénité.


La chasse : bientôt toute l’année ?
Avec l’ouverture anticipée au 1er juin pour le sanglier (affût) et au 1er juillet pour le chevreuil (affût et approche), et avec la prolongation au dernier jour de février pour le sanglier, ce sont 9 mois par an de dérange-ment pour la faune sauvage et pour les amoureux de la nature.
Avec les battues au sanglier autorisées à partir du 15 août, il y a de quoi gâcher à coup sûr toute sortie en montagne, entre les aboiements des chiens, les coups de feu et la circulation des véhicules, et cela à une époque où les vacanciers sont nombreux. En Haute-Savoie, une pétition contre la chasse en été a recueilli plus de 100 000 signatures, dans un département qui a connu récemment la mort d’un trailer et d’un vététiste, pris pour des sangliers !


Des justifications discutables.
Il s’agirait de faire face aux dégâts occasion-nés par les sangliers et les chevreuils aux cultures et aux boisements. Pour s’en tenir aux sangliers, les chasseurs sont en partie responsables de leur prolifération, une situation dénoncée l’année dernière par Christiane Lambert, présidente de la Fnsea (1) : « … c’est une réalité. Il y a de l’élevage de sangliers, du lâcher de sangliers, de l’agrainage pour les maintenir à certains endroits. »
Dans plusieurs régions, et y compris dans les Hautes-Alpes, les agriculteurs ont manifesté contre cet agrainage dit « de dissuasion ».


Le business de la chasse.
Les battues aux sangliers constituent le « fonds de commerce » des sociétés de chasse qui recrutent ainsi des citadins aisés friands de ce genre de « loisir » (voir l’encart « Qui sont les chasseurs ? »). D’où l’intérêt de pouvoir chasser les week-ends et pendant l’été pour bénéficier de cette clientèle. L’Onf (2) tire également des revenus non négligeables de chasses guidées ou dirigées qui s’adressent au même public, et cela dans certains territoires des Hautes-Alpes : Chaillol, Chaudun/Sauvas, Durbon… Quand on voit les tarifs, on sait que les clients ne sont pas des miséreux !

Une cohabitation illusoire.
La cohabitation harmonieuse entre chasseurs et autres usagers de la nature est une vue de l’esprit. Ce qui se passe en réalité, c’est que beaucoup de randonneurs, cavaliers, vététistes, promeneurs, naturalistes… préfèrent renoncer à leurs sorties dès qu’ils voient des panneaux « attention, chasse en cours », ou qu’ils sont confrontés aux aboiements des chiens et aux coups de feu. D’où la nécessité de préserver un minimum de tranquillité au moins les dimanches et les mois d’été. Ce sujet peut fédérer dans les Hautes-Alpes de nombreux organismes d’observation de la nature et de sports de pleine nature : randonnée, trail, cyclisme (VTT, cyclotourisme…), équitation (clubs hippiques, centres équestres…), canoë/kayak… Les hébergeurs sont aussi concernés (gîtes, chambres d’hôtes, campings…) ainsi que tous les professionnels du tourisme et les offices de tourisme, et des interventions auprès des maires pourraient être envisagées…Le dimanche sans chasse et l’été sans chasse pourraient constituer un atout sérieux pour la destination « Hautes-Alpes ».

Jean-Noël Texier