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L’homme et le loup : Jean-David ABEL (FNE) répond à Henriette Martinez, députée des Hautes Alpes

Madame Henriette Martinez, députée des Hautes Alpes et membre du Comité national loup, a récemment publié une tribune intitulée « Le loup et la montagne », dans laquelle elle attire l’attention notamment sur les difficultés causées par le retour naturel du loup à l’élevage de montagne. Voici la réponse qu’apporte à la députée, Jean-David ABEL, en charge de la mission Loup de FNE et membre du Comité National Loup.

Qui suit un tout petit peu le dossier sait que Mme Martinez ne s’arrête pas en si bon chemin. Il y a quinze jours, elle manifestait dans les rues de Gap derrière une banderole finement intitulée « Morts aux loups », et elle vient de déposer une proposition de loi légalisant le tir de loups pendant la période de la chasse, sous réserve – il faut être sérieux… – d’un quota établi nationalement.

Prenons les choses une par une.

Il est évident que la présence du loup créé des contraintes importantes dans la conduite des troupeaux, un changement des pratiques que le soutien légitime de la collectivité, via des sommes importantes de soutien à la protection et des indemnisations à la suite des attaques, ne compense qu’imparfaitement. Mais il n’est pas vrai de dire que c’est ce facteur qui remet en cause le pastoralisme, pas plus dans notre pays que dans d’autres pays européens, comme il est faux de laisser entendre que cela nuirait à la diversité biologique : depuis l’Espagne et l’Europe de l’ouest à l’Europe centrale et aux Balkans, la présence de prédateurs (lynx, loups, ours) ne défavorise en aucune manière la diversité des milieux, leur richesse et celle de la faune qui y est liée.

Les difficultés réelles de la filière ovine ne sont pas nouvelles et liées au loup, mais économiques et structurelles : c’est bien le libre marché par ailleurs tant vanté par le parti de Mme Martinez (l’UMP) qui a causé le déclin régulier de l’agriculture en général, et de l’agriculture de montagne en particulier. Les importations massives de viande ovine à des coûts insupportablement bas depuis des décennies ont causé bien plus de tort à l’élevage, et la perte de nombreuses exploitations, que les prédateurs n’en feront jamais. Mais déposer une proposition de loi pour remettre en cause ces pratiques néfastes aux petites exploitations comme à bien d’autres branches de l’agriculture, est autrement plus compliqué que de crier haro sur le loup… Faut-il alors laisser les loups se nourrir de troupeaux domestiques (en rappelant qu’autour de 80 % de leur régime est constituée de proies sauvages) ? Bien sûr que non. Il est nécessaire et possible d’améliorer la mise en oeuvre de l’ensemble des mesures de protection (clôtures, chiens, présence humaine, effarouchements,…) ; il est même prévu, au stade actuel du développement de la présence de l’espèce en France, d’autoriser des tirs de défense auprès du troupeau, et même des tirs de prélèvement d’individus en cas d’attaques réitérées sur des troupeaux dûment protégés.

Alors, de quoi parle-t-on ? Derrière les termes de « gestion du loup » et de facilitation de destructions d’individus, c’est bien la présence même du prédateur qui est mise en cause, et ceci de façon continue depuis les débuts de son retour depuis l’Italie voisine. Pour les associations de protection de la nature et de l’environnement, le loup n’est pas un animal sacré, et la destruction encadrée par l’Etat d’un ou plusieurs individus, quand elle ne remet pas en cause la viabilité de l’espèce, n’est pas taboue. Les dispositifs réglementaires actuels, pour une population de loups estimée autour de 200 individus, le permettent. Le reste, et notamment les actes de braconnage comme celui soutenu par Mme la Députée, ne sont rien d’autre au regard de la loi que la destruction d’une espèce protégée.

Car au-delà, il faut peut-être se demander pourquoi les sociétés européennes, avec des gouvernements d’orientations diverses, ont choisi depuis plusieurs décennies de définir des procédures de protection (Berne, directive Habitats) pour des dizaines d’espèces animales : pseudo-sentimentalisme, déification de la nature après des siècles de destruction aveugle ?… Ou plus réellement et fondamentalement, prise de conscience de la dégradation accélérée des milieux et des espèces, et de la responsabilité de l’homme vis-à-vis de la nature ? Alors, quelle place imaginons-nous pour l’ensemble des espèces non-humaines à nos côtés ? Quelle place sommes-nous prêts à accorder au castor, à l’aigle, à la martre ou au loup ?

Car ne nous y trompons pas, au-delà du loup, c’est bien le rapport de l’homme à la faune sauvage qui est en jeu : jadis acharnés contres les « becs-crochus », « puants », « rampants », c’est aujourd’hui au loup et à l’ours que s’en prennent, bien au-delà des montagnes, ceux pour qui la part faite à la vie sauvage doit être au maximum réduite, pour interférer le moins possible avec l’activité (ou le loisir) de l’espèce humaine dominante. Le silence assourdissant qui accompagne l’appauvrissement présent et massif de milliers d’espèces d’insectes, victimes de l’articificialisation des milieux et de la toute-puissance de l’agro-chimie, ne procède pas d’autre chose.

Mme Martinez achève son billet en affirmant que le loup « n’est pas une chance pour la montagne ». Certes non… Le loup, l’hermine ou le coq de bruyère ne sont une « chance » pour personne. Ils peuvent être pour nous, souvent, des indicateurs de la qualité et de la diversité d’un milieu, mais ils ne le savent pas et sont indifférents à ces considérations humaines.

Car la question, c’est bien à elle-même que l’espèce humaine doit la poser : en 2010 et pour les décennies à venir, quelle société voulons-nous, quelle humanité souhaitons-nous ? Et de quelle prise en compte de la diversité naturelle, des cycles biologiques, de l’accès à des ressources naturelles aurons-nous besoin demain pour garantir l’avenir ?

Mme la Députée des Hautes-Alpes ne rend pas service à l’élevage en laissant croire que des tirs accrus de loups ou, demain, la « mort des loups » que réclamait la banderole derrière laquelle elle défilait en souriant, apporteraient sécurité et pérennité à l’élevage ovin. Avec la déprise agricole accélérée des décennies passées, la restauration de nombreux milieux végétaux, la présence d’ongulés en grand nombre et celle de prédateurs en petit nombre sont un fait biologique, et non un hasard ou le résultat de lubies écologistes : comment vivons et co-existons nous avec ce fait, là est la question. Le soutien résolu à une agriculture extensive et durable, rémunératrice et respectueuse de l’environnement, est une voie certes bien plus compliquée et moins porteuse électoralement que de désigner comme bouc-émissaires des animaux sauvages dont l’impact sur l’élevage (y compris sur les mortalités) est mineur, mais c’est la seule qui permettra à l’horizon des prochaines années l’existence d’un élevage pérenne.

5 réponses à L’homme et le loup : Jean-David ABEL (FNE) répond à Henriette Martinez, députée des Hautes Alpes

  1. sans signature dit :

    Bonjour, je ne suis pas agriculteur, mais je connais bien quelqu’un qui a eu son troupeau attaqué plusieurs fois par des loups dans le massif du Dévoluy. Une fois, il avait par chance son fusil (étant lui-même aussi chasseur), il a réussi à le mettre en fuite après plusieurs tirs en l’air et un dernier dans sa direction sans toutefois le toucher. Une nuit, malgré la présence de 2 bergers et de chiens patous, il a perdu plus d’une vingtaine de bêtes sans compter, les blessées qu’il faut achever car impossible à soigner, les bêtes qui s’avortent, et la peur du reste du troupeau. Les agriculteurs sont obligés de redescendre prématurément les troupeaux des estives de crainte qu’ils ne soient à nouveau attaqués. Certes, si il existe – de bien maigres indemnisations – compte tenu du préjudice, mais qui leur paye le fourrage supplémentaire qu’il faut pour nourrir leurs bêtes une fois redescendues en vallée. Qui se préoccupe des nuits blanches alors qu’ils sont déjà bien occupés en pleine saison d’été, occupée par la fenaison. J’ai vu des agriculteurs en colère, je peux vous dire qu’ils en ont vraiment gros sur le coeur. Il est très facile de faire de l’écologie dans des bureaux. J’aimerais savoir comment certains écologistes réagiraient si on venait saccager plusieurs nuits de suite leur maison, dévaster leur jardin. Excusez moi l’expression « ne pêteriez-vous pas les plombs ? » Les agriculteurs, s’ils ne sont pas parfaits sont aussi soucieux de protéger la nature que les écologistes. Croyez-vous que les paysages seraient ce qu’ils sont sans le travail des agriculteurs ? Rien que dans l’été 2010 ce sont plus de 200 bêtes mortes à cause du loup dans le Dévoluy. Tant de vallées où il n’y a plus d’agriculteurs sont envahies par les buissons. Oubliez-vous que les ovins c’est aussi leur gagne-pain, ce sont des heures de présence et de soins tous les jours et zéro jour de vacances / an pour beaucoup d’entre eux ! Mais apparremment beaucoup s’en fichent, l’écologie c’est très porteur auprès des parisiens et autres citadins, c’est dans le « move », et çà fait travailler des gens dans des bureaux ! Allez donc lâcher des loups en forêt de Fontainebleau, dans le bois de Boulogne si vous le souhaitez et faîtes de l’écologie de terrain, venez voir comment çà passe vraiment sur le terrain, je pense que vous auriez une position plus modérée.

    Amicalement.

    • dumontet dit :

      Tout d’abord, la sapn, c’est à Gap, au coeur des Hautes-alpes et pas vraiment à Paris. Ensuite, le loup est une espèce sauvage indispensable car elle assainit les fôrets de tous les cadavres d’animaux qui y pourissent inévitablement. Et enfin si votre amis a autant de problème avec son troupeau c’est surtout parce que les politiques ne font rien pour les aider à sécuriser ce qui constitue leur gagne-pain, plus préoccupés qu’ils sont à faire des effets d’annonces bien démago pour gagner quelques voix de plus, mais ça c’est la politique de la facilité. J’ajoute que ce n’est pas non plus la faute du loup si les indemnités des agriculteurs sont si basses, si les conditions de productins dictées par la CE sont de plus en plus difficiles à suivre. Donc retournez un petit peu le problème et regardez les choses avec un peu plus de recul et de lucidité.
      Jérémie

  2. Geneviève Géniaux dit :

    article remarquable, clair et complet. J’espère que Mme Martinez l’aura lu ….Ca fait toujours du bien d’apprendre à réfléchir (mais est-ce bien la préoccupation de nos politiques,plus empressés à plaire qu’à agir juste et légalement… ?)

  3. ozak dit :

    très belle réponse
    je pense qu’il serait utile d’organiser une conférence débat plus basée sur la place de l’homme dans la nature, aborder l’aspect philosophique de l’homme et du loup, discuter de l’avenir de l’homme et de la faune et de la place de l’homme dans la nature.
    pour l’instant je n’ai suivi que des débats loup/éleveurs/chasseurs, je pense que les hommes sont prêts à aller un peu plus loin dans la réflexion.

    bernard cartier

  4. mickael dit :

    Tout le monde sait que la pensée de Monsieur ABEL est bloquée depuis des années sur le même curseur…Intangibles, inamovibles et doctrinaires tels sont ces arguments de ce grand défenseur de la nature !
    Quand je lis vos commentaires je suis atterré ! Qui connait le pastoralisme dans ceux qui donnent leur avis sur ce sujet?
    Avez vous déjà été gardé les brebis dans les alpages d’été la nuit après avoir travaillé au champs toute la journées ? Parlons du fond de ce problème au lieu de manier des concepts archaïques digne des « écolos bobos parigots » …
    Vous savez ceux qui ne connaissent pas grand chose de l’élevage et de la vie des paysans en montage !
    Ce sont les mêmes grands penseurs qui empêcheraient avec acharnement la construction du barrage de Serre-Ponçon, s’il devait se se construire aujourd’hui !
    Quelle ineptie que d’entendre les « écolos bobos gauchos » nous expliquer à propos de la présence des loups ; « elle assainit les fôrets de tous les cadavres d’animaux qui y pouRrissent inévitablement… » Quelle connaissance des loups… !
    Si les loups ne mangeaient que les animaux qui pourrissent dans nos forets il n’y aurait aucun probleme. Les paysans savent bien que c’est en majorité les vautours et autre prédateurs qui nettoient les carcasses d’animaux mort.
    Si on veut des loups, nos territoires sont assez grands pour faire des parc à loups dédiés!
    De surcroit est-il nécessaire d’avoir dans chaque pays en Europe et dans TOUS les MASSIFS, des hordes de loups pour protéger une espèce qui dans les fait n’est pas du tout en voie de disparition ?
    J’attends avec intérêt les commentaires de ces « généreux Yaka-Fokon de haute volée, quand un enfant sera attaqué PAR UN DE CES NOMBREUX LOUPS QUI MARAUDENT AUJOURD’HUI autour des maisons et de plus en plus PROCHE DES HABITATIONS de nos paysans !
    Nous n’en sommes pas très loin hélas, vous le constaterez prochainement …
    Et cela n’est pas de l’intox d’un tueur de loups !

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